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La chanson de la cigale

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14 juillet 2021

La mémoire qui flanche - La memoria que flaquea

Jean-Baptiste Belley, député noir de la Convention

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En ces temps où une députée, Danièle Obono , est présentée sous les traits d’une esclave dans une bande dessinée de l’ignoble revue Valeurs Actuelles, et ce 14 juillet, il m’a semblé opportun de me souvenir d’un autre député noir, et français, Jean-Baptiste Belley.

« Je suis né en Afrique, moi : amené dans l’enfance sur le sol de la tyrannie, j’ai par mon travail et mes sueurs conquis une liberté dont je jouis honorablement depuis trente ans en chérissant ma patrie. », ainsi se présentait à la Convention, le 4 février 1794, son premier député noir, le député pour Saint-Domingue Jean-Baptiste Belley.

Or, bien qu’il affirmât avoir vu le jour à l’île de Gorée, actuel Sénégal, plaque tournante du commerce négrier de l’époque,  son acte de décès à Belle-Île-en-Mer le fait naître a Léogane, à Saint-Domingue.

Pour cette ancien esclave, qui racheta sa liberté grâce à son commerce de perruquier, puis devint soldat et lutta pour l’indépendance des États-Unis d’Amérique et fut, finalement, élu député de la Convention, était-il plus convaincant pour défendre l’abolition de l’esclavage de se présenter comme une synthèse du calvaire du peuple noir ?

Ou s’agit-il, bien plus simplement, d’une erreur commise par le personnel de l’hôpital de Belle-Île, l’ayant entendu souvent parler de son enfance dans cette région à l’ouest de l’actuel Haïti ?

Jusqu’en 1777, le nom de Jean-Baptiste Belley figure sur les registres de la paroisse de Cap-Français, actuellement Cap-Haïtien, comme perruquier et nègre libre.

Cette même année, il intégra le corps supplétif des Nègres libres du Cap qui participa de la guerre d’indépendance des États-Unis, notamment durant la bataille de Savannah.

On commença alors à le surnommer Mars.

De retour à Saint-Domingue, Belley combattit les colons qui s’opposaient aux idéaux d’égalité de la Révolution française, ce qui lui valut, en 1793, d’être nommé député à la Convention nationale par la colonie de Saint-Domingue, aux côtés d’un Mulâtre, Jean-Baptiste Mills et d’un Blanc, Louis-Pierre Dufay.

Ils siégeaient tous trois à la Montagne.

Leur présence à la Convention fut décisive pour obtenir, le 4 février 1794, l’abolition de l’esclavage.}

« Je n’ai qu’un mot à vous dire : c’est le pavillon tricolore qui nous a appelé à la liberté. C’est sous ses auspices que nous avons recouvré cette liberté, notre patriotisme est le trésor de notre prospérité et tant qu’il restera dans nos veines une goutte de sang, je vous jure, au nom de mes frères, que ce pavillon flottera toujours sur nos rivages et dans nos montagnes », affirmait Jean-Baptiste Belley dans un discours, le 11 février de la même année.

Cet amour pour la France l’opposa un temps à Toussaint Louverture qui avait compris, avant lui, les sombres desseins de Napoléon par rapport à Haïti.

Ce même Napoléon qui envoya, en 1802, le général Leclerc mater la rébellion à Saint-Domingue contre la restauration de l’esclavage décidée par le tyran corse après le coup d’État du 18 brumaire et dont les troupes furent vaincus par l’armée haïtienne  à la bataille de Vertières.

Belley fut arrêté et emprisonné à Belle-Île-en-Mer, en Bretagne,  où il mourut  en 1805.

Jean-Baptiste Belley, dont l’influence fut décisive pour que la Convention statuât, le 18 pluviôse de l’an II, que « L’esclavage des nègres est aboli dans toutes les colonies ; en conséquence, elle décrète que tous les hommes sans distinction de couleur, domiciliés dans les colonies, sont citoyens français et jouiront de tous droits assurés par la constitution », est presque tombé dans l’oubli, en France. On ne compte, à son nom, qu’une rue à Basse-Terre, en Guadeloupe et une place à Pantin, en région parisienne.

Son magnifique portrait, peint par Anne-Louis Girodet, où il est accoudé au socle du buste de l’abbé Auguste Raynal, un philosophe qui annonça l’émancipation des Noirs, n’est point exposé à l’Assemblée nationale mais au château de Versailles.

La France aurait-elle la mémoire qui flanche ?

Jean-Baptiste Belley, diputado negro de la Convención

En estos tiempos en que una diputada, , Danièle Obono , es presentada bajo los rasgos de una esclava en una historieta de la inmunda revista Valeurs Actuelles, me pareció oportuno recordar a otro diputado negro francés, Jean-Baptiste Belley. 

« Yo nací en África: traído en mi infancia al suelo de la tiranía, hube por mi trabajo y mi sudor conquistado una libertad de la que gozo honorablemente desde hace treinta años amando a mi patria», así se presentaba a la Convención, el 4 de febrero de 1794, su primer diputado negro, el diputado por Santo Domingo, Jean-Baptiste Belley.

Aunque afirmara, empero, haber visto la luz en la isla de Gorée, actual Senegal, centro del comercio negrero de la época, su partida de defunción en Belle-Île-en-Mer, lo hace nacer en Leogane, en Santo Domingo.

Para este antiguo esclavo que compró su libertad gracias a su comercio de peluquero, luego fue soldado y luchó por la independencia de los Estados Unidos  de América y fue, finalmente, elegido diputado de la Convención, ¿era quizás más convincente para defender la abolición de la esclavitud presentarse como una síntesis del calvario del pueblo negro?

¿O acaso se trató, mucho más simplemente, de un error cometido por el personal del hospital de Belle-Île, que lo había oído hablar de su infancia en esa región del oeste del actual Haití?

Hasta 1777, el nombre de Jean-Baptiste Belley figura en los registros de la parroquia de Cap-Français, actualmente Cap-Haïtien, como peluquero y negro libre.

Ese mismo año integró el cuerpo suplente de Negros libres del Cap que participó de la guerra de independencia de los Estados Unidos, principalmente durante la batalla de Savannah.

Comenzaron entonces a apodarlo Mars, Marte.

De vuelta en Santo Domingo, Belley combatió a los colonos que se oponían a los ideales de igualdad de la Revolución Francesa, lo que le valió, en 1793, ser nombrado diputado de la Convención Nacional por la colonia de Santo Domingo, junto al mulato Jean-Baptiste Mills y al blanco Louis-Pierre Dufay.

Los tres pertenecieron a la Montaña.

Su presencia en la Convención fue decisiva para obtener, el 4 de febrero de 1794, la abolición de la esclavitud.

« Sólo tengo una palabra que decirles: el pabellón tricolor nos llamó a la libertad. Bajo sus auspicios pudimos recuperar esta libertad, nuestro patriotismo es el tesoro de nuestra prosperidad y mientras quede en nuestras venas una gota de sangre, les juro, en nombre de mis hermanos, que este pabellón flotará siempre en nuestras riberas y en nuestras montañas», afirmaba Jean-Baptiste Belley en un discurso del 11 de febrero del mismo año.

Este añor por Francia lo opuso un tiempo a Toussaint Louverture que había entendido, antes que él, los sombríos designios de Napoleón con respecto a Haití.

Ese mismo Napoleón que envió, en 1802, al general Leclerc apagar la rebelión en Santo Domingo contra la restauración de la esclavitud decidida por el tirano corso después del golpe de estado del 18 brumario y cuyas tropas fueron vencidas por el ejército haitiano en la batalla de Vertières.

Belley fue detenido y encarcelado en Belle-Île-en-Mer, en Bretaña, donde murió en 1805.

Jean-Baptiste Belley, cuya influencia fue decisiva para que la Convención instituyera, el 18 pluvioso del año II, que « la esclavitud de los negros nes abolida en todas las colonias; en consecuencia, decreta que todos los hombres sin distinción de color, domiciliados en las colonias, son ciudadanos franceses y gozarán de todos los derechos asegurados por la constitución», ha casi caído en el olvido en Francia. Sólo se cuentan, con su nombre, una calle en Basse-Terre, en Guadalupe, y una plaza en Pantin, en la región parisina.

Su magnífico retrato, pintado por Anne-Louis Girodet, en el que está acodado sobre el sócalo del busto del abate Raynal, un filósofo que anunció la emancipación de los negros, no está expuesto en la Asamblea Nacional, sino en el castillo de Versalles.

¿Francia tiene acaso la memoria que flaquea?

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19 juin 2021

Littérature haïtienne, le petit dernier

Néhémy Pierre-Dahomey, Combats, Le seuil, 2021

 

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En règles générales, on ne connaît d’Haïti que son côté le plus sombre, misère, dictature, tremblement de terre, choléra…

Or, et bien que tout ceci soit malheureusement vrai, la première république indépendante d’Amérique latine présente une autre particularité, il s’agit possiblement du pays qui compte le plus de romanciers et de poètes par nombre d’habitants.-

De Jacques Roumain, Marie Vieux-Chauvet et Jacques-Stephen Alexis  à René Depestre, Davertige et Frankétienne, sans oublier les plus contemporains Yanick Lahens, Dany Laferrière, Lyonel Trouillot, Emmelie Prophète, James Noël, et j’en oublie beaucoup, ces  auteurs et autrices, certains en exil et d’autres résidant dans leur île, ont, chacun à sa manière, tenté de nous expliquer Haïti.

Leur langue, comme celle de presque tous les écrivains et écrivaines des Caraïbes, est singulière, parfumée de créole et du rythme qu’apportèrent les esclaves de leur Afrique natale.

Il s’agit, d’autre part,  d’une littérature en français, certes, bien que plus proche du réalisme magique d’un Alejo Carpentier et d’un García Marquez que des plumes de l’Hexagone.

Et voici que paraît Combats, deuxième roman du jeune romancier Néhémy Pierre-Dahomey, né en 1986, et résidant actuellement en France.

Pierre-Dahomey est un conteur de ceux que décrit si bien Patrick Chamoiseau dans son dernier ouvrage La nuit, le conteur, le panier…, un conteur qui subjugue aussi bien ses lecteurs  que ces « reines chanterelles »,  qu’il décrit dans Combats, subjuguaient leurs auditeurs.

L’histoire se déroule dans une contrée isolée, Boën, en 1842, 38 ans après la proclamation de l’indépendance. La jeune république s’est vue imposer une indemnité par la France de Charles X,  pour compenser les pertes en terres et en esclaves des colons français qui avaient dû fuir l’île en 1804. Cette dette mène le gouvernement haïtien a taxer ses citoyens et à les obliger à réaliser des corvées. La région de Boën réussit à se maintenir en dehors de ces obligations.

Rappelons que cette dette ne fut soldée que cent ans plus tard, après la deuxième Guerre mondiale. Rappelons aussi que la France a toujours refusé de reconnaître l’injustice de cette dette, et donc de la rendre à la république d’Haïti. Le président François Hollande, en visite dans l’île,  a même eu l’audace d’affirmer que la France n’avait qu’une dette morale envers les haïtiens.

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Deux personnages, hautement symboliques, s’affrontent, d’autre part, dès le début du roman. D’un côté, Ludovic Possible, mulâtre au teint clair, propriétaire terrien, revenu sur ses terres et qui désire finir sa vie en philanthrope. De l’autre, Balthazar Possible, son demi-frère a la peau sombre, ce qui le place du côté des défavorisés.

Pour faire face à dette, le gouvernement de Port-au-Prince va augmenter les taxes et imposer la corvée. Pour y arriver, il organise un recensement avec l’aide de l’armée.  

« Dans un tel contexte, Balthazar garde ses bonnes habitudes. Il avait jadis créé une petite taxe irrégulière et souterraine, dénommée ironiquement la “part du soldat”, qu’il distribue encore aux militaires de la Croix-des-Bouquets, arrosant le commandant Éric Saurel lui-même pour que la contrée soit exempte du moindre recensement, invisible aux perceptions d’impôts et aux rafles pour la corvée. »

Un frère à la peau claire opposé à un frère à la peau sombre, dans une république fondée par d’anciiens esclaves ?

 « L'histoire de la république d'Haïti est marquée par un fort antagonisme entre ceux que l'on appelle les « mulâtres », assimilés aux anciens libres de couleur, et les « noirs », perçus comme les descendants des anciens esclaves », nous explique Dominique Rogers.  (1)

Or, ce roman qui met en lumière ces origines profondes du drame haïtien n’a rien, heureusement, d’un roman à thèse. Il s’agit plutôt d’un roman d’aventures aux multiples rebondissements et au rythme cinématographique.

Parmi les multiples personnages hauts en couleurs du roman, il y en a un qui se détache singulièrement, Aïda, la fille cachée de Ludovic Possible. L’enfant mutique des premières pages devient, à la mort de sa mère Gracilia France Placide, dont elle reprendra le commerce itinérant de tabac, une conteuse qui ensorcèle ses auditeurs, une « reine chanterelle ». La jeune fille va, dès lors, parcourir,  avec son âne Satan et ses trois chiens, les routes et les chemins de la contrée, colportant son tabac et ses contes.

Ceci jusqu’au jour où Balthazar Possible décide que les contes sont subversifs et fait emprisonner Aida avec son mentor, le conteur Dorélien, dans la maison de son enfance. Je ne dévoilerai pas, bien entendu, l’issu de cette aventure !

Si Néhémy Pierre-Dahomey puise son inspiration dans la grande histoire, ce qu’il dépeint ce sont les destins des petites gens secoués par cette histoire, un tableau éloigné de tout manichéisme, de tout jugement de valeur. Ajoutons à cela un sens de l’humour, une ironie qui ajoutent un brin de légèreté à un sujet douloureux.

Néhémy Pierre-Dahomey, tout comme Aïda, est un conteur, un descendant de ces griots qui arrivèrent un jour aux plages d’Ayiti, enchaînés comme esclaves, et racontèrent à leurs compagnons les histoires du passé, pour ne pas les oublier et pour éclairer le présent.

À lire à partir d’un niveau B2.

Je recommande aussi à tous les collègue de se plonger dans la littérature haïtienne, dont j’ai cité des auteurs au début de cette chronique. Il s’agit d’une littérature dont l’on ne sort pas indemne, et franchement, si l’on sort indemne d’un livre, c’est qu’il ne vaut pas grand-chose !

 

(1)Dominique Rogers, De l'origine du préjugé de couleur en Haïti. In: Outre-mers, tome 90, n°340-341, 2e semestre 2003

23 mai 2021

La Commune au présent - La Comuna en presente

La Commune au présent - Une correspondance au-delà du temps

Ludivine Bantigny

La Découverte, 2021

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1871-2021, 150 ans de la Commune de Paris. Le président Macron a décidé de ne pas commémorer cette date incontournable de l’histoire de France. Rien d’étonnant, dès le début de leur lutte, les Gilets Jaunes se sont réclamés de cette révolution, et, en outre, divers mouvements opposés à l’ultralibéralisme de par le monde, s’en inspirent.

Hors des sentiers gouvernementaux, cependant, les hommages ne manquent pas, dont le magnifique La Commune au présent, de l’historienne Ludivine Bantigny.

« Dignité, justice sociale, partage du travail, égalité, rapport renouvelé à l’art, à l’éducation, à la culture et au quotidien… C’est tout cela, la Commune de Paris, une expérience révolutionnaire à bien des égards inouïe : pour la première fois, des ouvriers, des ouvrières, des artisans, des employés, des instituteurs et institutrices, des écrivains et des artistes s’emparent du pouvoir. Comme l’écrit Rimbaud qu’elle enthousiasme tant, la Commune entend vraiment « changer la vie » par des « inventions d’inconnu ». Ses protagonistes sont des femmes et des hommes ordinaires qui créent de l’extraordinaire, non seulement en l’imaginant mais en le mettant en pratique », nous indique la présentation.

Un livre d’historienne, certes, mais conçu sous une forme inhabituelle, celle de lettres adressées à ceux et celles qui prirent part à la Commune, Louise Michel, Gustave Courbet, Jules Vallès, parmi les plus connus ; Victorine Brochet, Pélagie Daubain,  Auguste Vermorel, Amélie Desfontaines, parmi celles et ceux dont les noms résonnent bien moins fort dans nos mémoires. Victor Hugo lui-même a droit à son courrier. Il s’agit du seul homme de lettres, renommé ayant soutenu les Communeux et les Communeuses dont Louise Michel avec qui il a longtemps correspondu.

Dans plus d’une cinquantaine de lettres, Ludivine Bantigny nous fait découvrir l’héroïsme de ces hommes et de ces femmes ordinaires qui ont pris le destin en main et ont voulu l’infléchir pour le rendre égalitaire et juste.

 

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« Tu n’as pas peur de le dire ni même, sans doute, de le crier : « Je suis communeuse, moi. » C’est d’ailleurs pour ces simples mots-là que tu as été arrêtée. Un rapport de police mentionne ce qu’il nomme tes « opinions exaltées [1] ». Une fois la Commune écrasée, tu es signalée et dénoncée pour l’avoir suivie jusqu’au bout, « avec acharnement ». On répète que tu as dit aussi : « S’il le faut je donnerai tout mon sang pour la Commune. » Tu es lingère et tu as quarante-sept ans. Tu te revendiques communeuse. »

L’autrice a aussi le talent, en expliquant  aux gens de 1871 d’où elle leur écrit, de mettre en parallèle leur époque et la notre, de plus en plus inégalitaire, où, comme l’écrivait Victor Hugo, la police est partout et la justice, nulle part, et pas seulement au sein de dictatures avérées.

« À l’heure où je t’écris Nathalie, ce monde-là n’est pas advenu mais une chose est sûre : on a fait quelques pas vers cet après. Comme vous : quelques pas au présent pour un avenir différent. Les solidarités se sont faites foisonnantes, dans les immeubles, les communes, les quartiers. Je t’en donne quelques exemples.

Grâce à des réseaux d’entraide, des sans-logis et des migrants ont trouvé un logement dans des appartements laissés vacants, avec l’accord de leurs locataires ou de leurs propriétaires. Des couturières et couturiers ont très vite fabriqué des masques pour les distribuer gratuitement dans les quartiers. Des brigades de solidarité populaire se sont créées dès le début du confinement, afin de distribuer des colis alimentaires et autres produits de première nécessité pour les personnes les plus précaires. Bref, une entraide concrète et active comme tu l’aimais à La Marmite. »

Un très bel ouvrage sur cette expérience révolutionnaire majeure du XIXᵉ siècle que d’aucuns, y compris des historiens, veulent, encore aujourd’hui,  enterrer dans l’oubli.

 

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1871-2021, 150 años de la Comuna de París. El presidente Macron decidió no conmemorar esta fecha incuestionable de la historia de Francia. Nada asombroso, desde los comienzos de su lucha, los Chalecos Amarillos invocaron a esta revolución, y, además, diversos movimientos opuestos al ultraliberalismo se inspiran en ella.

Fuera del ámbito gubernamental, sin embargo, no faltan los homenajes, entre ellos el magnífico La Commune au présent (La Comuna en presente), de la historiadora Ludivine Bantigny.

« Dignidad, justicia social, reparto del trabajo, igualdad, relación renovada con el arte, la educación, la cultura y la vida cotidiana… Por ello, la Comuna de París, una experiencia revolucionaria inaudita bajo muchos aspectos: por vez primera, obreros, obreras, artesanos, empleados, maestros y maestras, escritores y artistas se apoderan del poder.. Como lo escribe Rimbaud,  a quien entusiasma tanto,  la Comuna entiende realmente “cambiar la vida” con “invenciones de lo desconocido”. Sus protagonistas son mujeres y hombres ordinarios que crean algo extraordinario, no sólo imaginando sino poniendo en práctica», nos indica la presentación.

Un libro de historiadora, ciertamente, pero concebido bajo una forma inhabitual, la de cartas dirigidas a aquellos y aquellas que formaron parte de la Comuna, Louise Michel, Gustave Courbet, Jules Vallès, entre los más conocidos ; Victorine Brochet, Pélagie Daubain,  Auguste Vermorel, Amélie Desfontaines, entre aquellas y aquellos cuyos nombres resuenan en menor medida en nuestras memorias. El mismo Victor Hugo tiene derecho a su correspondencia. Se trata del ùnico hombre de letras renombrado en haber apoyado a los partidarios de la Comuna, entre los cuales a Louise Michel con quien correspondió largo tiempo.

En más de cincuenta cartas, Ludivine Bantigny nos hace descubrir el heroismo de estos hombres y mujeres ordinarios que tomaron el destino en mano y quisieron cambiarlo para volverlo igualitario y justo.

 « No tenés miedo de decirll ni aún, sin dudas, de gritarlo : Tu n’as pas peur de le dire ni même, sans doute, de le crier :”Yo soy comunera.” Fue, por otra parte, por esas simples palabras, que te detuvieron. Un informe de policía menciona lo que denomina tus “opiniones exaltadas”. Una vez aplastada la Comuna, te señalan y denuncian por haberla seguido hasta el fin “encarnizadamente”. Repiten que también dijiste: “Si hiciera falta, daría toda mi sangre por la Comuna”. Sos lencera y tenés cuarenta y siete años. Te reivindicás comunera. »

La autora tiene también el talento, al explicar a la gente de 1871 desde donde les escribe, de poner en paralelo su época y la nuestra, cada vez más desigual, en la que, como escribía Victor Hugo, la policía está en todos lados, la justicia, en ninguno, y no sólo en el seno de dictaduras confirmadas.

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« En el momento en que te escribo, Nathalie, ese mundo no advino pero algo es seguro : hacemos algunos pasos hacia ese después. Como ustedes: algunos pasos en el presente hacia un porvenir diferente. Las soliradidades han crecido, en los edificios, las comunas, los barrios. Te doy algunos ejemplos.

Gracias a las redes de ayuda mutua, gente en situación de calle y migrantes encontraron una vivienda en departamentos dejados vacíos, con el acuerdo de sus inquilino o propietarios. Costureras y costureros fabricaron rápidamente barbijos para distribuirlos gratuitamente en los barriod. Brigadas de solidaridad popular fueron creadas a comienzos de la cuarentena, para distribuir paquetes de alimentos y otros productos de primera necesidad a las personas más precarias. En resumen, una ayuda concreta y activa como te gustaba en à La Marmite. »

Un muy bello libro sobre esta experiencia revolucionaria mayor del siglo XIX que algunos, incluso historiadores, quieren, aún hoy, enterrar en el olvido.

 

 

8 mars 2021

FÉMINISTE – FEMINISTA

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Si l’on a un quelconque intérêt pour la justice et pour l’égalité, comment peut-on ne pas être féministe?

J’irai même un peu plus loin. Comment ne pas défendre, comment ne pas célébrer un genre, le genre humain dans toute sa diversité presque infinie ?

Or, aujourd´hui, c’est la lutte des femmes pour l’obtention de leurs droits que l’on célèbre, et le chemin devant nous est encore très long pour arriver à l’égalité.

Bien long, en effet, si l’on considère les chiffres de l’OIT qui nous indiquent que, dans le monde, 257 ans devront s’écouler avant que les femmes n’atteignent le niveau salarial et d’emploi des hommes.

En Inde, par exemple, seule une femme sur quatre travaille, et celles qui travaillent sont payées cinq fois moins que les hommes.

Une première violence dans une longue liste, des violences perpétrées contre les femmes précisément du fait que ce sont des femmes.

En 2017, plus de 50 000 femmes ont été tuées dans le monde par un partenaire intime ou un membre de leur famille. Très souvent ces femmes avaient porté plainte, mais la police ou la justice avaient détourné leur regard.

L’on peut ajouter à cette énumération de sévices subis par les femmes le viol, le harcèlement, les mutilations génitales, les mariages forcés…

Il n’est pas facile d’imaginer un avenir meilleur face à ces chiffres et ces réalités. Je suis toutefois optimiste, à long terme, car l’ampleur prise par les mouvements de défense des femmes, me fait penser que nous assistons peut-être au début de l’agonie du patriarcat.

Il ne faut donc pas baisser la garde.

 

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Si se tiene algún interés por la justicia y la igualdad, ¿cómo se puede no ser feminista?

Iré aún un poco más lejos. ¿Cómo no defender, cómo no celebrar un género, el género humano en toda su diversidad casi infinita?

Hoy, empero, lo que celebramos es la lucha de las mujeres por la obtención de sus derechos, y el camino ante nosotros es aún muy largo para llegar a la igualdad.

Muy largo, en efecto, si consideramos las cifras de la OIT que nos indican que, en el mundo, deberán transcurrir 257 años antes de que las mujeres alcancen el nivel salarial y de empleo de los hombres.

En la India, por ejemplo, sólo una de cuatro mujeres trabaja. y las que trabajan ganan cinco veces menos que los hombres.  

Una primera violencia en una larga lista, violencias perpetradas contra las mujeres justamente ñor el hecho de ser mujeres.

En 2017, más de 50-000 mujeres fueron asesinadas en el mundo por su pareja o un miembro de su familia. Muy a menudo estas mujeres habían hecho la denuncia, pero la policía o la justicia habían mirado para otro lado.

Se pueden agregar a esta enumeración de estas violencias sufridas por las mujeres, la violación, el acoso, las mutilaciones genitales, los casamientos por la fuerza…

No es fácil imaginar un mejor porvenir frente a estas cifras y estas realidades. Soy sin embargo optimista, a largo plazo, pues la amplitud tomada por los movimientos de defensa de las mujeres me hace pensar que asistimos quizás al comienzo de la agonía del patriarcado.

Entonces, no hay que bajar la guardia.

15 février 2021

POEMAS CONFINADOS -7- POÈMES CONFINÉS

ROBERTO JUARROZ – EL SILENCIO QUE QUEDA ENTRE DOS PALABRAS…

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Así como la ciencia ha accedido por fin a una noción que trasciende las habituales categorías de espacio y tiempo y nos habla de un espacio-tiempo, la poesía, y con ella todas las artes, son otra forma de relativizar esas nociones. Por eso yo preferiría hablar del espacio-temporalidad del poema, parecida a la de los sueños. Para comprender esto tendríamos que responder a preguntas como: ¿cuál es el espacio del pensamiento? ¿Cuál es la duración de la distancia? ¿Cuál es la memoria del olvido?, afirmaba Roberto Juarroz en una entrevista que le realizara otra gran poeta Alejandra Pizarnik en 1967.

Fue en esos años que descubrí a este enorme poeta, nacido en Coronel Dorrego en 1925 y muerto en Buenos Aires en 1995.

 

El silencio que queda entre dos palabras...

El silencio que queda entre dos palabras

no es el mismo silencio que envuelve una cabeza cuando cae,

ni tampoco el que estampa la presencia del árbol

cuando se apaga el incendio vespertino del viento.

 

Así como cada voz tiene un timbre y una altura,

cada silencio tiene un registro y una profundidad.

El silencio de un hombre es distinto del silencio de otro

y no es lo mismo callar un nombre que callar otro nombre.

 

Existe un alfabeto del silencio,

pero no nos han enseñado a deletrearlo.

Sin embargo, la lectura del silencio es la única durable,

tal vez más que el lector.

 

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Tout comme la science est arrivée enfin à une notion qui transcende les catégories habituelles d’espace et de temps et nous parle d’un espace-temps, la poésie, et avec elle tous les arts, sont une autre forme de relativiser ces notions. Voilà pourquoi je préférerais parler de l’espace-temporalité du poème, semblable à celle des rêves. Pour comprendre ceci nous devrions répondre à des questions telles que : Quel est l’espace de la pensée ?, Quelle est la durée de la distance ?, Quelle est la mémoire de l’oubli ?, affirmait Roberto Juarroz dans une interview que lui fit une autre grande poète, Alejandra Pizarnik en 1967.

Ce fut dans ces années-là que je découvris cet écrivain, né à Coronel Dorrego en 1925 et mort à Buenos Aires en 1995.

Le silence qui reste entre deux mots...

Le silence qui reste entre deux mots

n’est pas le même silence qui enveloppe une tête quand elle tombe,

ni encore celui qui marque la présence de l’arbre

quand s’éteint l’incendie vespéral du vent.

 

Tout comme chaque voix a un timbre et une hauteur,

chaque silence a un registre et une profondeur.

Le silence d’un homme est différent du silence d’un autre

et taire un nom n’est pas pareil à taire un autre nom.

 

Il existe un alphabet du silence,

mais l’on ne nous a pas appris à l’épeler.

Cependant, la lecture du silence est la seule durable,

peut-être plus que le lecteur.

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13 décembre 2020

POÈMES CONFINÉS – 6 – POEMAS CONFINADOS

GIUSEPPE UNGARETTI – SONO UNA CREATURA

ungaretti

En 1977, j’habitais encore Buenos Aires, une élève, Berta, me fis cadeau, pour mon anniversaire, d’une anthologie, édité par Fabril, du grand poète italien Giuseppe Ungaretti.

J’avais vu, durant un récital, le grand acteur Vittorio Gassman, réciter quelques uns de ses poèmes, et j’avais été impressionné.

Ungaretti est un poète de la vie, un poète qui écrivait, en 1934 : « Le poète d’aujourd’hui a participé et participe des événements les plus terribles de l’histoire. Il a ressenti et ressent de très près l’horreur et la vérité de la mort. Il a compris que c’est l’instant durant lequel ne compte que l’instinct. »

Je tiens à inclure le poème en italien.

Sono una creatura

Come questa pietra

del S. Michele

così fredda

così dura

così prosciugata

così refrattaria

così totalmente

disanimata

 

Come questa pietra

è il mio pianto

che non si vede

 

La morte

si sconta

vivendo.

(Valloncello di Cima Quattro il 5 agosto 1916)

Je suis une créature

 

Comme cette pierre
de S. Michele
si froide
si dure
si desséchée
si réfractaire
si totalement
inanimée


Comme cette pierre
sont mes pleurs
que l'on ne voit pas

La mort
se compte
en vivant

un

En 1977, yo vivía aún en Buenos Aires, una alumna, Berta, me regaló para mi cumpleaños una antología, editada por Fabril, del gran poeta italiano Giuseppe Ungaretti.

Había visto, durante un recital, al gran actor Vittorio Gassman, recitar algunos de sus poemas y me habían impresionado.

Ungaretti es un poeta de la vida, un poeta que escribía, en 1934: “El poeta de hoy ha participado de los acontecimientos más terribles de la historia. Ha sentido y siente de muy cerca el horror y la verdad de la muerte. Ha comprendido que es el instante en él que sólo cuenta el instinto.”

Soy una criatura

Como esta piedra

del S. Michele

tan fría

tan dura

tan reseca

tan refractaria

tan totalmente

inanimada

 

Como esta piedra

es mi llanto

que no se ve

 

La muerte

se cuenta

viviendo.

22 novembre 2020

POEMAS CONFINADOS – 5 – POÈMES CONFINÉS

EL OPTIMISMO HISTÓRICO – RAÚL GONZÁLEZ TUÑÓN

 

tuñón

¡“Subiré al cielo,

le pondré gatillo a la luna

y desde arriba fusilaré al mundo,

suavemente,

para que esto cambie de una vez.”

Esto escribió, hace mucho tiempo, el gran poeta Raúl González Tuñón. Un poeta viajero, un poeta del arrabal y un poeta militante.

Un poeta de la libertad que conocí gracias a los discos del Cuarteto Cedrón, Ponga cinco centavos en la ranura, entre otros.

Luego llegaron sus libros cuyos títulos mismos nos dan una semblanza de Tuñón: El violín del diablo, La calle del agujero en la media, La rosa blindada, La muerte en Madrid

De Primer canto argentino, elijo este poema que, por otro lado formaba parte del primer espectáculo que presenté, en 1984, en la Alianza Francesa de Mar del Plata.

 

 El optimismo histórico

Yo sé que todo cambia,

que nada se detiene,

ni un árbol se detiene

y aun la piedra es viajera.

La soledad no existe.

Ni la muerte está sola.

Todo lo que es, es lucha.

Soy inmortal, pues paso.

¡Y aun ella se mueve!

En vano os empeñéis

En detener la Historia.

¡Sé que llegará un día!

También lo sabe el sol.

 

tuñón 1

“Je monterai dans le ciel,

je mettrai une gâchette à la lune

et, d’en haut, je fusillerai le monde,

doucement,

pour que tout change d’une fois pour toutes.”

Ceci fut écrit, il y a longtemps, par le grand poète Raúl González Tuñón. Un poète voyageur, un poète des faubourgs et un poète militant.

Un poète de la liberté que je connus grâce aux disque du Cuarteto Cedrón, Ponga cinco centavos en la ranura, parmi tant d’autres.

Puis vinrent ses livres dont les titres mêmes sont un portrait de Tuñón: El violín del diablo (Le violon du diable), La calle del agujero en la media (La rue du bas troué), La rosa blindada (La rose blindée), La muerte en Madrid (La mort à Madrid)…

De Primer canto argentino, elijo este poema que, por otro lado formaba parte del primer espectáculo que presenté, en 1984, en la Alianza Francesa de Mar del Plata.

L’optimisme historique

Je sais que tout change,

que rien ne s’arrête,

ni un arbre ne s’arrête

et même la Pierre est voyageuse.

La solitude n’existe pas.

Ni la mort est toute seule.

Tout ce qui est, est lutte.

Je suis immortel car je passe.

Elle-même bouge! 

N’essayez pas en vain

D’arrêter l’Histoire.

Je sais qu’il arrivera un jour!

Le soleil le sait aussi.

15 novembre 2020

POÈMES CONFINÉS – 4 - POEMAS CONFINADOS

BALLADE DES PENDUS – FRANÇOIS VILLON

francois_villon_1489

Un jour, adolescent, je découvris dans la bibliothèque de ma grand-mère (encore et toujours !) Le roman de François Villon de Francis Carco. Comment ne pas être fasciné par ce poète « mauvais garçon » du Moyen Âge ?

Choisir La ballade des pendus est peut-être un poncif, si l’on considère toute l’œuvre de Villon. Or, il s’agit, pour moi, de l’un des plus beaux poèmes parmi tous ceux que j’ai lus tout au long de ma vie.

Ballade des pendus

Frères humains, qui après nous vivez,

N’ayez les cœurs contre nous endurcis,

Car, si pitié de nous pauvres avez,

Dieu en aura plus tôt de vous mercis.

Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :

Quant à la chair, que trop avons nourrie,

Elle est piéça dévorée et pourrie,

Et nous, les os, devenons cendre et poudre.

De notre mal personne ne s’en rie ;

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

 

Se frères vous clamons, pas n’en devez

Avoir dédain, quoique fûmes occis

Par justice. Toutefois, vous savez

Que tous hommes n’ont pas bon sens rassis.

Excusez-nous, puisque sommes transis,

Envers le fils de la Vierge Marie,

Que sa grâce ne soit pour nous tarie,

Nous préservant de l’infernale foudre.

Nous sommes morts, âme ne nous harie,

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

 

La pluie nous a débués et lavés,

Et le soleil desséchés et noircis.

Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,

Et arraché la barbe et les sourcils.

Jamais nul temps nous ne sommes assis

Puis çà, puis là, comme le vent varie,

A son plaisir sans cesser nous charrie,

Plus becquetés d’oiseaux que dés à coudre.

Ne soyez donc de notre confrérie ;

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

 

Prince Jésus, qui sur tous a maistrie,

Garde qu’Enfer n’ait de nous seigneurie :

A lui n’ayons que faire ne que soudre.

Hommes, ici n’a point de moquerie ;

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

fran

Un día, siendo adolescente, descubrí en la biblioteca de mi abuela (¡como siempre!) La novela de François Villon de Francis Carco. ¿Cómo no fascinarse con este poeta  « malafrndra » de la Edad Media?

Elegir La balada de los ahorcados es quizás un lugar común, si se considera toda la obra de Villon. Se trata, empero, para mí, uno de los más bellos poemas entre todos los que he releído a lo largo de mi vida.  

Balada de los ahorcados

Hermanos humanos, que viven después de nosotros,

no tengan contra nosotros endurecidos corazones,

pues, teniendo piedad de nuestras pobres almas,

Dios la tendrá antes de ustedes.

Aquí nos ven atados, cinco o seis:

en cuanto a la carne, que hemos alimentado en demasía,

hace tiempo que está podrida y devorada

y los huesos, nosotros, ceniza y polvo nos volvemos.

De nuestros males no se burle nadie;

pero rueguen que a todos Dios nos quiera absolver.

 

Si hermanos nos llamamos, en nuestro clamor sin desdén

nos traten, aunque hayamos sido muertos

por Justicia. Pues deben entender

que no todos los hombres pueden ser sensatos;

perdónennos ahora, ya que hemos partido

hacia el hijo de la Virgen María;

que su gracia no nos sea negada

y pueda preservarnos del rayo infernal.

Muertos estamos, que nadie nos moleste:

pero rueguen que a todos Dios nos quiera absolver.

 

La lluvia nos ha limpiado y lavado,

y el sol desecado y ennegrecido;

urracas, cuervos, nos han cavado los ojos

y arrancado la barba y nuestras cejas.

Nunca jamás, ni un instante, pudimos sentarnos:

luego aquí, luego allá, como varía el viento,

a su placer sin cesar nos acarrea,

siendo más picoteados por los pájaros que dedales de coser.

De nuestra cofradía nadie sea:

pero rueguen que a todos Dios nos quiera absolver.

 

Príncipe Jesús, que sobre todo reinas,

guarda que el Infierno no tenga sobre nosotros dominio:

nada tenemos que hacer con él ni que pagarle.

Hombres, en esto no hay ninguna burla:

pero rueguen que a todos Dios nos quiera absolver.

14 novembre 2020

POÈMES CONFINÉS – 3 – POEMAS CONFINADOS

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ – VICTOR HUGO

Ma grand-mère récitait parfois un poème, La conscience, dont le dernier vers me subjuguait, «  L’œil était dans la tombe et regardait Caïn.

Ce fut mon premier contact avec Victor Hugo.

Cet immense poète, romancier, homme politique n’a cessé de m’éclairer durant toute ma vie.

Victor_Hugo

Liberté, égalité, fraternité

Depuis six mille ans la guerre

Plaît aux peuples querelleurs,

Et Dieu perd son temps à faire

Les étoiles et les fleurs.

 

Les conseils du ciel immense,

Du lys pur, du nid doré,

N'ôtent aucune démence

Du coeur de l'homme effaré.

 

Les carnages, les victoires,

Voilà notre grand amour;

Et les multitudes noires

Ont pour grelot le tambour.

 

La gloire, sous ses chimères

Et sous ses chars triomphants,

Met toutes les pauvres mères

Et tous les petits enfants.

 

Notre bonheur est farouche;

C'est de dire : Allons ! mourons !

Et c'est d'avoir à la bouche

La salive des clairons.

 

L'acier luit, les bivouacs fument;

Pâles, nous nous déchaînons;

Les sombres âmes s'allument

Aux lumières des canons.

 

Et cela pour des altesses

Qui, vous à peine enterrés,

Se feront des politesses

Pendant que vous pourrirez,

 

Et que, dans le champ funeste,

Les chacals et les oiseaux,

Hideux, iront voir s'il reste

De la chair après vos os !

 

Aucun peuple ne tolère

Qu'un autre vive à côté;

Et l'on souffle la colère

Dans notre imbécillité.

 

C'est un Russe ! Egorge, assomme.

Un Croate ! Feu roulant.

C'est juste. Pourquoi cet homme

Avait-il un habit blanc ?

 

Celui-ci, je le supprime

Et m'en vais, le coeur serein,

Puisqu'il a commis le crime

De naître à droite du Rhin.

 

Rosbach, Waterloo ! Vengeance !

L'homme, ivre d'un affreux bruit,

N'a plus d'autre intelligence

Que le massacre et la nuit.

 

On pourrait boire aux fontaines,

Prier dans l'ombre à genoux,

Aimer, songer sous les chênes;

Tuer son frère est plus doux.

 

On se hache, on se harponne,

On court par monts et par vaux;

L'épouvante se cramponne

Du poing aux crins des chevaux.

 

Et l'aube est là sur la plaine !

Oh! j'admire, en vérité,

Qu'on puisse avoir de la haine

Quand l'alouette a chanté.

(Les chansons des rues et des bois)

 

Ce même Victor Hugo qui écrivit ces mots qui pourraient  nous inspirer dans ces temps placés sous le signe d’un individualisme meurtrier.

« La formule républicaine a su admirablement ce qu'elle disait et ce qu'elle faisait; la gradation est irréprochable. Liberté, Égalité, Fraternité. Rien à ajouter, rien à retrancher. Ce sont là les trois marches du perron suprême. La liberté, c'est le droit, l'égalité, c'est le fait, la fraternité, c'est le devoir. Tout l'homme est là...

Les heureux doivent avoir pour malheur les malheureux; l'égoïsme social est un commencement de sépulcre; voulons nous vivre, mêlons nos cœurs, et soyons l'immense genre humain...

Tout ce qui souffre accuse, tout ce qui pleure dans l'individu saigne dans la société, personne n'est tout seul, toutes les fibres vivantes travaillent ensemble et se confondent, les petits doivent être sacrés aux grands, et c'est du droit de tous les faibles que se compose le devoir de tous les forts. J'ai dit. »

 Le droit et la loi. 1875

Mi abuela recitaba a veces un poema, La conciencia, cuyo último verso me subyugaba, « El ojo estaba en la tumba y miraba a Caín ».

Fue mi primer contacto con Ce fut Victor Hugo.

Este inmenso poeta, novelista, hombre político, no dejado de iluminarme durante toda mi vida. Cet

victor

Libertad, igualdad, fraternidad

Hace seis mil años que la guerra  

Gusta a los pueblos pendencieros,

Y Dios pierde su tiempo haciendo

Las estrellas y las flores.

 

Los consejos del cielo inmenso,

Del lirio puro, del nido dorado,

No quitan demencia alguna

Del corazón del hombre estupefacto.

 

Las carnicerías, las victorias,

He aquí nuestro gran amor;

Y las multitudes negras

Como cascabel tienen el tambor.

 

La gloria, bajo sus quimeras

Y bajo sus carros triunfales,

Pone a todas las pobres madres

Y a todos los niños pequeños.

 

Nuestra felicidad es feroz;

Es decir: ¡Vamos! ¡Muramos!

Y es tener en la boca  

La saliva de los clarines.

 

El acero brilla, los vivaques ahúman;

Pálidos, nos desencadenamos;

Las almas sombrías se encienden

A la luz de los cañones.

 

Y todo esto para unas altezas

Que apenas después de enterrarnos,

Se hacen cortesías

Mientras que nos pudrimos,

 

Y que, en el campo funesto,

Los chacales y los pájaros,

Horrendos, irán a ver si queda

¡Carne sobre nuestros huesos!

 

Ningún pueblo tolera

Que otro viva a su lado;

Y soplan la cólera

Sobre nuestra imbecilidad.

 

¡Es un ruso! Degollá, desnucá.

¡Un croata! Fuego cruzado.

Es justo. ¿Porqué tenía este hombre

Un traje blanco ?

 

A este lo suprimo

Y me voy con el corazón sereno,

Ya que cometió el crimen

De nacer a la derecha del Rin.

 

¡Rosbach, Waterloo! ¡Venganza!

El hombre, ebrio de un ruido espantoso,

Sólo tiene como inteligencia

La masacre y la noche.

 

Podríamos beber de las fuentes,

Orar de rodillas en la sombra,

Amar, soñar bajo los robles;

Matar al hermano es más dulce.

 

Nos hachamos, nos arponeamos,

Corremos por montes y valles;

El espanto se agarra

Con los puños a las crines de los caballos.

 

¡Y el alba llegó a la llanura!

¡O! me asombro, de verdad,

Que se pueda tener odio

Cuando ha cantado la alondra.  

Este mismo Victor Hugo que escribió estas palabras que podrían inspirarnos en estos tiempos puestos bajo el signo de un individualismo asesino.

« La fórmula republicana supo admirablemente lo que decía y lo que hacía ; la graduación es irreprochable. Libertad, Igualdad, Fraternidad. Nada que agregar, nada que cortar. Son los tres peldaños del umbral supremo. La libertad, es el derecho, la igualdad, es el hecho, la fraternidad, es el deber. Todo el hombre está allí…

Los afortunados deben tener como desgracia a los desdichados; el egoísmo social es un comienzo de sepulcro; queramos vivir, mezclemos nuestros corazones y seamos el inmenso género humano…

Todo lo que sufre acusa, todo lo que llora en el individuo sangra en la sociedad, nadie está solo, todas las fibras vivas trabajan juntas y se confunden, los pequeños deben ser sagrados para los grandes, y es con el derecho de todos los débiles que se compone el deber de todos los fuertes. He dicho. »

El derecho y la ley. 1875

11 novembre 2020

POEMAS CONFINADOS -2 – POÈMES CONFINÉS

CORTARON TRES ÁRBOLES – FEDERICO GARCÍA LORCA

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Este poema también ronda mi memoria desde hace 60 años y también es de autor español, también asesinado por Franco, Federico García Lorca.

Federico, por cuya poesía concebí tal pasión, en esos años de adolescencia, que logré que me regalaran su obra completa editada por Losada.

CORTARON TRES ÁRBOLES

A Ernesto Halffter.

Eran tres.

(Vino el día con sus hachas.)

Eran dos.

(Alas rastreras de plata.)

Era uno.

Era ninguno.

(Se quedó desnuda el agua.)

Este poema, publicado en el libro Canciones (1921-1924), premonitoriamente ecologista, tiene, para mí, la despojada belleza de un haikú japonés.

 

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Ce poème hante aussi ma mémoire depuis 60 ans et son auteur est aussi espagnol et assassiné par Franco, Federico García Lorca.

Federico, pour  la poésie de qui je ressenti une telle passion, dans ces années d’adolescence, que je réussi que l’on me fasse cadeau de son œuvre complète éditée par Losada.

ON COUPA TROIS ARBRES

A Ernesto Halffter.

Ils étaient trois.

(Vint le jour avec ses haches.)

Ils étaient deux.

(Ailes rampantes d’argent.)

Il était un.

Il était aucun.

(L’eau est restée nue.)

Ce poème, publié dans le recueil Canciones (1921-1924), écologiste avant la lettre, a, pour moi, la beauté dépouillée d’un haïku japonais.

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